Résumé
Ce livre est le résultat de 20 années d’étude d’une population de Chevêche
d’Athéna composée de trois noyaux répartis autour du massif forestier des Vosges
du Nord.
Un inventaire des mâles chanteurs sur une surface totale de 437 km2 est réalisé
dans le cadre d’un observatoire inter-parcs tous les 2 à 4 ans.
En moyenne 5 à 12% d’entre eux ne sont pas nicheurs.
Il s’agit d’oiseaux qui ne confirment pas leur présence au
cours de la saison de nidification et qui se déplacent sans
doute vers d’autres secteurs.
La répartition de la Chevêche en bordure des Vosges du
Nord n’est pas régulière et de nombreux secteurs qui
semblent propices ne sont pas occupés comme la vallée
de la Sarre ou les vergers des collines sous-vosgiennes.
Les effectifs ont diminué de 1984 (19 couples) aux années
90 (11 couples en 1992) puis il y a eu un redressement à
partir de 1996 (18 couples), confirmé par la suite (39 couples
en 2004).
L’espèce est liée au verger traditionnel et au pommier pour
la nidification puisque, sur 30 nids en cavité naturelle, 28
sont dans des pommiers.
Mais alors que la totalité de la population nichait en cavité
naturelle en 1986, actuellement plus de 80% de l’effectif est
en nichoir.
Sur les 9 181 proies déterminées à partir des pelotes et des
restes trouvés
dans les nids, 3 118 sont des vertébrés (34%) et 6 063 des
invertébrés (66%).
L’alimentation de la Chevêche varie en fonction des saisons.
Les vertébrés constituent une part importante du régime
hivernal (janvier à mars) avec 71,5% du nombre de proies
(n = 1 740) dont 70,4% de rongeurs.
La proportion de vertébrés diminue au printemps (avril à juin)
avec 20,2% (n =1 870), et reste à ce niveau en été (juillet à
septembre) avec 24,9% (n =707) et en automne (octobre à
décembre) avec 24,1% du nombre de proies (n =1 959).
Les pourcentages s’inversent pour les insectes, dominants
dans le régime printanier (79,8%), estival (75,1%) et
automnal (75,9%) et qui ne représentent plus que 28,5% en
hiver.
Le Campagnol des champs, Microtus arvalis, constitue la proie principale de la
Chevêche dans l’est de la France
avec 70% de la biomasse consommée.
Une analyse des relations prédateur-proies-paysage a été effectuée grâce à une
typologie paysagère et un
échantillonnage des proies.
Cet échantillonnage, réalisé dans des secteurs paysagers identifiés par la
typologie, a révélé que les prairies de
fauche ont des effectifs en Campagnols des champs et en coléoptères carabiques
significativement supérieurs à
ceux des prairies pâturées.
En ce qui concerne les insectes, leur abondance est plus importante lorsque la
fauche est précoce.
Les proies sont cependant moins accessibles pour la Chevêche en prairie de
fauche qu’en pâture.
On peut donc penser qu’un biotope présentant en mosaïque ces deux types de
prairie doit être très favorable à
l’espèce.
71% des pontes (n = 89) sont déposées de la 3e décade d’avril à la 1ère décade
de mai.
Les 123 pontes recensées entre 1984 et 2004 représentent 452 œufs soit une
moyenne de 3,67 oeufs par ponte. 50,7% d’entre eux n’ont pas éclos.
Le succès reproducteur de 1,79 jeune à l’envol par couple nicheur(n=185) est un
des plus faibles d’Europe.
Cette faible productivité s’explique par le fort taux d’échec des pontes, lié
entre autres à une importante
prédation sur les œufs (19% des pontes). 23,4% des nids sont occupés plus de
trois années.
Paradoxalement, il n’y a pas de preuve d’une relation entre le nombre de jeunes
à l’envol et l’abondance de
Microtus arvalis.
Les différences dans la taille de ponte et la productivité en nombre de jeunes à
l'envol, en captivité et en milieu
naturel, ne sont pas statistiquement significatives.
En captivité, l'écart moyen entre la ponte du premier oeuf et celle du second
est de 2,2 jours (n=32).
La durée moyenne d'incubation est de 25 jours (n=23), les valeurs variant de 18
à 29 jours.
L'éclosion de la couvée a lieu en moyenne en 1,2 jour (n=22), avec un maximum de
4 jours.
La dispersion des juvéniles est en moyenne de 6,5 km (n=31), plus faibles pour
les mâles (5,6 km , n=12) que pour les femelles (9 km, n=11).
Une immigration provenant du Bliesgau (Sarre) alimente les divers noyaux de la
zone d’étude et les juvéniles ont
parcouru en moyenne une distance de 18,5 km (n=7).
Le domaine d’activité mensuel (D.A.M.) de la Chevêche varie de 5 à 107 ha (n=29)
en fonction de la saison et du
sexe.
Elle n’exploite en moyenne qu’un tiers du D.A.M. par soirée.
La surface minimale à l’intérieur du D.A.M. où les oiseaux passent plus de 80%
de leur temps est en moyenne de
4,4 ha (n=29).
Les noyaux d’Alsace Bossue, du Piémont et du Pays de Bitche, qui ne fait qu’un
avec celui du Bliesgau en Sarre,
sont génétiquement proches, illustrant l’existence d’échanges entre eux.
Ainsi, malgré des effectifs reproducteurs faibles, leur avenir est peut-être
moins sombre qu’on ne l’imaginait.
La plus forte mortalité est enregistrée en été (juillet à septembre) pour les
juvéniles et au printemps (d'avril à
juin) pour les adultes.
La route représente la première cause de mortalité des adultes avec 45,2%
(n=36).
Les concentrations en organochlorés mesurées dans les tissus et les oeufs
inféconds de la Chevêche sont
relativement faibles et le taux de contamination actuel est bien moindre que
ceux relevés en Europe dans les
années soixante quinze.
Une expérience de renforcement de population été menée en Alsace Bossue où 85
jeunes ont été relâchés de 1993 à 2002.
Sur 35 oiseaux équipés d'émetteurs, 22 sont morts peu de temps après le lâcher,
12 ont disparu du site de lâcher
et n'ont plus été localisés et 1 a été suivi 5 mois avant de disparaître.
L’actuelle augmentation des effectifs, qui se confirme en 2005 montre que la
population a un taux de croissance
positif du fait du recrutement local et de l’immigration.
Dans ce cas l’effort de conservation doit se focaliser sur l’habitat et plus
particulièrement sur les vergers hautes tiges qu’il faut pérenniser.
Summary
This book is the result of 20 years of studies of a population of the Little Owl,
composed of three clusters spread
around the forests of the Northern Vosges.
An inventory of the calling males over a total area of 437 km2 was carried out
in the frame of an inter-park observatory every 2-4 years.
On average, 5-12% of the calling males are not breeding birds.
These are calling males which do not confirm their presence during the breeding
season and which no doubt travel to other sectors.
The distribution of the Little Owl on the border of the Northern Vosges is
uneven and many sectors, although a priori suitable, are not occupied, such as
the valley of the Sarre or the orchards of the foothills of the Vosges. Numbers
fell 1984 (19 pairs) to the nineties (11 pairs in 1992), then there was a
recovery starting in 1996
(18 pairs), which was confirmed in 2004 (39 pairs).
This species is linked to the traditional orchard and to the apple tree for the
nest, since out of 30 nests in natural cavities, 28 are in apple trees.
But while the entire population bred in natural cavities in 1986, more than 80%
of them are now in nestboxes.
Of the 9,181 prey determined from the pellets and the leftovers found in nests,
3,118 were vertebrates (34%) and 6,063 were invertebrates (66%).
The feeding habits of the Little Owl vary depending on the seasons. Vertebrates
constitute an important part of the winter diet (January to March) with 71.5% of
the number of prey (n = 1 740), of which 70.4% were rodents. The proportion of
vertebrates falls in spring (April to June) with 20.2% (n = 1 870), in summer
(July to September) with 24.9% (n = 707) and in autumn (October to December)
with 24.1% of the number of prey (n = 1 959).
The percentages are reversed for insects, which predominate in the springtime
(79.8%), summer (75.1%) and autumnal (75.9%) diet and which account for only
28.5% in winter. The Field vole Microtus arvalis, constitutes the main prey of
the Little Owl in eastern France, with 70% of biomass.
An analysis of the relationship between predator-prey-landscape was carried out
with the aid of a landscape typology and a sampling of the prey of the Little
Owl.
This sampling, which was carried out in the landscape sectors identified by the
typology, revealed that grasslands have significantly greater numbers of
Field voles and ground beetles than those of pasture lands.
With respect to insects, they are more abundant when the fields are mown at an
early stage. Rodents and pasture land insects, however, are less accessible for
the Little Owl than in pasture lands.
So it seems that the presence of these two types of field in interpenetration is
very favourable for the Little Owl, which underlines the importance of a mosaic
landscape.
71% of egg-laying (n = 89) occurred between the 3rd ten-day period in April and
the 1st ten-day period in May. The 123 clutches counted between 1984 and 2004
represent 452 eggs, or an average of 3.67 eggs per clutch. 50.7% of the eggs did
not hatch.
Their reproductive success, 1.79 young fledging per nesting pair (n=185), is one
of the lowest in Europe.
This low productivity is explained by the high failure rate of the clutches,
which is at least partly due to a high level of predation on the eggs (19% of
clutches). 23.4% of nests are occupied for more than three years.
There is no relation between the number of Little Owls fledging and the
abundance of Microtus arvalis.
The difference between the average sizes of clutches and the average
productivity in number of young fledging in captivity and in the natural
environment is not statistically significant.
In captivity, the average deviation between the clutch of the first egg and that
of the second is 2.2 days (n=32). The average incubation period is 25 days
(n=23), with values varying from 18 to 29 days. Hatching occurs on average
in 1.2 days (n=22) with a maximum of 4 days.
The average dispersion of the juveniles is 6.5 km (n=31).
The males colonised sites at an average distance of 5.6 km (n=12) and the
females at 9 km (n=11).
An immigration arriving from the German population in Bliesgau (Sarre)
supplements the various clusters in the study zone.
These juveniles have covered an average distance of 18.5 km (n=7) to come and
reinforce the population of the study area.
The monthly home range (M.H.R.) of the Little Owl varies from 5 to 107 ha (n=29)
depending on the season and the sex of the bird.
On average, the birds use only one third of their M.H.R. per evening.
The minimum area covered with a coverage rate of over 80% is an average of 4.4
ha (n=29).
The clusters in Alsace Bossue, Piémont and Pays de Bitche, which are all part of
the population of the Bliesgau in Sarre, are genetically related, which points
to the existence of exchanges between them.
Genetic analysis brings hope of a less gloomy future for the population of
Vosges du Nord.
Despite their low reproductive numbers, this population will not be so isolated
due to the German immigration.
The highest mortality is recorded in summer (July to September) for the
juveniles and in spring (from April to June) for the adults.
The road represents the main cause of mortality for the adults with 45.2%
(n=36).
The concentrations of organochlorines measured in the tissues and the infertile
eggs of the Little Owl are relatively low and the current level of contamination
is much less than the values measured in Europe in the
mid-seventies.
An experiment to reinforce the population was conducted in Alsace Bossue, where
85 young were released between 1993 and 2002. Of the 35 birds equipped with
transmitters, 22 died shortly after being released, 12 disappeared from the
release site and were not located again and 1 was monitored for 5 months before
disappearing.
The current increase in numbers, which is being confirmed in 2005, seems to show
that the population has a positive growth rate due to local recruitment and
immigration.
In this case, the conservation effort must focus on the habitat and more
especially on the high-stem orchards.

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